Le retour de Macky Sall à Dakar : entre diplomatie onusienne, repositionnement stratégique et recomposition du pouvoir sénégalais
Le retour annoncé de l’ancien président sénégalais Macky Sall à Dakar, le 17 juillet 2026, dépasse largement le cadre d’une visite privée ou d’une simple séquence politique nationale. Il s’inscrit à l’intersection de deux dynamiques majeures : la compétition internationale pour la succession d’António Guterres à la tête des Nations unies et la recomposition du paysage politique sénégalais depuis l’alternance de 2024.
Dans son communiqué, l’ancien chef de l’État explique que ce déplacement s’inscrit dans la tournée diplomatique qu’il mène depuis plusieurs mois afin de promouvoir sa candidature au poste de Secrétaire général de l’ONU. Son programme prévoit notamment une audience avec le président Bassirou Diomaye Faye avant un départ immédiat, invoquant un agenda diplomatique particulièrement dense.
Au-delà de son caractère protocolaire, cette rencontre revêt une forte dimension stratégique. Dans la tradition diplomatique internationale, la candidature d’un ancien chef d’État à la direction des Nations unies gagne en crédibilité lorsqu’elle bénéficie, sinon d’un soutien explicite, du moins d’une absence d’opposition de son État d’origine. La photographie politique entre le président en exercice et son prédécesseur constitue ainsi un signal observé avec attention par les membres du Conseil de sécurité, véritable arbitre du processus de sélection.
Une campagne mondiale dans un contexte de crise du multilatéralisme
La campagne de Macky Sall intervient à un moment où l’ordre international traverse une profonde recomposition. Les conflits en Ukraine, au Moyen-Orient, au Soudan ou encore dans la région des Grands Lacs, la rivalité stratégique sino-américaine, les fractures Nord-Sud sur les questions climatiques et financières ainsi que la remise en cause croissante du multilatéralisme placent le prochain Secrétaire général devant des défis sans précédent.
Conscient de ces enjeux, Macky Sall multiplie depuis plusieurs semaines les consultations diplomatiques. Après des échanges avec plusieurs dirigeants européens, asiatiques et africains, il a notamment rencontré le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis. Cette démarche n’est pas anodine : la Grèce siège actuellement comme membre élu du Conseil de sécurité, lequel recommandera le futur Secrétaire général à l’Assemblée générale des Nations unies.
L’ancien président met en avant son expérience de douze années à la tête du Sénégal, son mandat de président de l’Union africaine en 2022-2023 ainsi que son engagement en faveur de la réforme de la gouvernance mondiale, du financement du développement et d’une meilleure représentation de l’Afrique dans les institutions internationales.
Une candidature africaine sans véritable consensus continental
L’un des principaux défis de Macky Sall réside toutefois dans l’absence d’unité africaine autour de sa candidature.
Contrairement à certaines précédentes candidatures africaines à des postes internationaux, son ambition n’a pas été officiellement endossée par l’Union africaine. Plusieurs États membres ont exprimé leurs réserves, tandis que les autorités sénégalaises ont indiqué ne pas avoir présenté officiellement sa candidature au nom du Sénégal.
Cette situation illustre une réalité bien connue de la diplomatie multilatérale : les candidatures aux plus hautes fonctions internationales relèvent autant des équilibres géopolitiques que des mérites individuels. Le soutien des puissances permanentes du Conseil de sécurité demeure déterminant, mais la capacité du candidat à apparaître comme le représentant légitime de son espace régional constitue également un facteur important de crédibilité.
À ce stade, Macky Sall demeure néanmoins l’un des rares anciens chefs d’État africains à avoir officiellement déclaré sa candidature, dans une compétition où circulent également les noms de Rafael Grossi, Rebeca Grynspan ou Michelle Bachelet.
Un retour aux fortes implications politiques internes
Si la visite est officiellement motivée par des considérations diplomatiques, son impact politique au Sénégal est considérable.
Deux ans après son départ du pouvoir, Macky Sall revient dans un contexte marqué par la poursuite des audits sur la gestion de son administration, les débats autour des finances publiques et les enquêtes ouvertes sur plusieurs dossiers de gouvernance. L’ancien président continue de rejeter toute accusation d’irrégularité, dénonçant ce qu’il considère comme une instrumentalisation politique.
Mais cette visite possède également une portée institutionnelle.
Le fait qu’un ancien président puisse rentrer au Sénégal, rencontrer officiellement son successeur et repartir sans incident majeur constitue un indicateur de continuité de l’État. Dans de nombreux pays africains où les alternances politiques demeurent parfois conflictuelles, une telle séquence contribue à préserver l’image d’une stabilité institutionnelle susceptible de rassurer les partenaires internationaux, les investisseurs et les organisations multilatérales.
Cette normalisation politique est d’autant plus significative que le Sénégal traverse lui-même une phase de réorganisation institutionnelle, marquée par des débats sur l’équilibre des pouvoirs, les réformes constitutionnelles et l’évolution des rapports entre les différentes institutions de la République.
Une image internationale en construction
Pour Macky Sall, ce déplacement répond également à un impératif d’image.
Tout candidat au poste de Secrétaire général des Nations unies doit démontrer qu’il demeure un acteur consensuel capable de dialoguer avec toutes les sensibilités politiques. Une rencontre officielle avec le président Bassirou Diomaye Faye contribue à projeter l’image d’un homme d’État inscrit dans une logique de continuité républicaine plutôt que dans une confrontation partisane.
En retour, le président sénégalais apparaît également comme le garant des institutions, distinguant les rivalités politiques internes des intérêts diplomatiques supérieurs de l’État. Cette posture est susceptible de renforcer la crédibilité internationale du Sénégal, traditionnellement reconnu comme l’une des démocraties les plus stables d’Afrique de l’Ouest.
Entre politique intérieure et diplomatie globale
Au final, le retour de Macky Sall constitue bien davantage qu’une simple visite de quelques heures. Il symbolise l’articulation croissante entre politique intérieure et diplomatie mondiale.
Pour l’ancien président, il s’agit de consolider sa stature internationale au moment où débute la phase décisive de la sélection du prochain Secrétaire général des Nations unies. Pour le Sénégal, cette séquence représente un test de maturité institutionnelle et de continuité républicaine.
Dans un contexte international marqué par la fragmentation géopolitique et la compétition accrue pour les postes de gouvernance mondiale, Dakar redevient, l’espace d’une journée, un théâtre où se croisent enjeux nationaux, diplomatie africaine et équilibres du système international.
- Par Seydou
- 16 juillet 2026

