« Examiner les perspectives d’approfondissement du partenariat russo-africain » DR IBRAHIMA DABO SUR LE 3ᵉ SOMMET RUSSIE-AFRIQUE

« Examiner les perspectives d’approfondissement du partenariat russo-africain » DR IBRAHIMA DABO SUR LE 3ᵉ SOMMET RUSSIE-AFRIQUE

Moscou, la capitale russe accueille, à partir de ce mercredi 28 octobre, la troisième édition du Sommet Russie-Afrique. Cette rencontre permettra, selon le Dr Ibrahima Dabo, spécialiste des relations russo-africaines, de faire le point sur l’évolution du partenariat entre Moscou et le continent tout en examinant les perspectives de son approfondissement.

Ce troisième Sommet Russie-Afrique s’ouvre à Moscou dans la foulée des deux premières éditions qui se sont tenues respectivement à Sotchi en 2019 et à Saint-Pétersbourg en 2023. La Russie, parmi les derniers pays à avoir rejoint la course à la coopération avec l’Afrique au début des années 2000, organise désormais, à l’image des autres partenaires stratégiques du continent, de grands rassemblements réunissant décideurs politiques et acteurs économiques.

Si l’événement n’a pas encore suscité le même engouement que le Forum sur la coopération sino-africaine (Focac) — qui en est à sa 9ᵉ édition — ou que la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad), le Sommet Russie-Afrique s’impose progressivement comme un rendez-vous majeur. Très présente en Afrique au début des indépendances et durant la guerre froide, la Russie avait délaissé le continent pendant plusieurs décennies avant d’y amorcer une reconnexion ces dernières années. Cette reprise de contact s’est faite d’abord par la coopération sécuritaire via des sociétés paramilitaires (Wagner, puis Africa corps). Aujourd’hui, Moscou cherche également à étendre sa coopération aux domaines économique, culturel et médiatique. C’est dans ce contexte que se tient cette troisième édition. Une rencontre qui, selon le Dr Ibrahima Dabo, s’inscrit dans une dynamique de consolidation des relations entre la Russie et les États africains.

Des résultats économiques encore limités

Spécialiste de la Russie, docteur en science politique de l’Université Paris 2 Panthéon-Assas et ancien étudiant de l’Université d’État de Nijni Novgorod, Ibrahima Dabo analyse l’événement pour « Le Soleil » : « Après les sommets organisés à Sotchi en 2019 et à Saint-Pétersbourg en 2023, cette troisième rencontre devrait permettre de faire le point sur l’évolution du partenariat russo-africain et d’examiner les perspectives de son approfondissement. Au-delà de sa dimension diplomatique, ce sommet constitue un cadre de réflexion sur la capacité des deux parties à traduire les engagements politiques antérieurs en mécanismes de coopération concrets, durables et mutuellement bénéfiques ».

Selon lui, les principaux enjeux portent sur le renforcement des échanges économiques et commerciaux ainsi que sur le développement de partenariats dans des secteurs stratégiques, tels que l’énergie, l’agriculture, les infrastructures, l’éducation et les technologies.

Avec le renforcement de ce rapprochement, l’aspect militaire et sécuritaire demeure le domaine le plus en vue. D’après le Dr Dabo, ce volet permet de diversifier les partenariats de défense et de renforcer les capacités opérationnelles des armées nationales grâce aux livraisons d’armes, à la formation et à l’appui sur le terrain. « Au Mali et en République centrafricaine, le soutien russe a contribué à certaines reconquêtes territoriales et au renforcement des forces gouvernementales. Toutefois, ces résultats restent limités, comme en témoigne la persistance des violences armées et de la menace djihadiste ; ce qui montre que l’assistance militaire ne suffit pas à garantir une sécurité durable », poursuit-il, tout en soulignant les risques de cette coopération. « Dès lors, l’enjeu pour les États africains consiste à tirer parti de ce partenariat pour renforcer leurs capacités de défense, sans compromettre leur autonomie décisionnelle ni réduire la résolution des conflits à sa seule dimension militaire », conseille-t-il.

Enjeux pour la sécurité alimentaire et l’énergie

Sur le plan économique, la coopération entre l’Afrique et la Russie reste loin du dynamisme de celles menées par la Chine, l’Union européenne ou la Turquie. Premier partenaire commercial du continent, la Chine voit ses échanges avec l’Afrique dépasser les 300 milliards de dollars par an. L’Europe affiche des chiffres similaires, tandis que la Turquie enregistre entre 40 et 45 milliards de dollars d’échanges avec l’ambition d’atteindre les 50 milliards. En comparaison, les échanges commerciaux entre l’Afrique et la Russie sont estimés entre 20 et 27 milliards de dollars. Les exportations russes vers l’Afrique se composent essentiellement de blé, de céréales, d’engrais minéraux, d’armements et d’équipements de sécurité, tandis que les importations en provenance du continent regroupent principalement des produits agricoles et des minerais.

Selon le Dr Dabo, ce partenariat offre néanmoins aux États africains des opportunités pour diversifier leurs partenaires, financer des projets stratégiques et renforcer leurs capacités productives. « Dans le secteur énergétique, les investissements et l’expertise russes pourraient contribuer au développement de centrales électriques, de projets nucléaires civils et d’infrastructures gazières, tout en améliorant l’accès à l’électricité. Dans le domaine agricole, les approvisionnements en céréales et en engrais, ainsi que la coopération en matière de mécanisation et de modernisation des techniques de production pourraient soutenir la sécurité alimentaire et l’accroissement de la productivité », suggère-t-il.

Ainsi, durant deux jours à Moscou (les 28 et 29 octobre), Africains et Russes échangeront sur les moyens de redynamiser leur coopération et de consolider la présence russe en Afrique, dans un contexte marqué par la rivalité géopolitique entre les grandes puissances. « Depuis plusieurs années, la Russie renforce sa présence en Afrique en combinant coopération militaire et économique, influence culturelle et actions d’information, face à une concurrence accrue avec les puissances occidentales. Après une période de retrait consécutive à l’effondrement de l’Union soviétique dans les années 1990, Moscou a progressivement réinvesti le continent à partir des années 2000 », rappelle le Dr Ibrahima Dabo.

Pour cette troisième édition, plusieurs chefs d’État africains ont fait le déplacement à Moscou, dont Évariste Ndayishimiye, président du Burundi et président en exercice de l’Union africaine, ainsi qu’Assimi Goïta, chef de la transition malienne.

Le quotidien national le Soleil