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Quelles réponses africaines face au jihadisme ?

Geopolitico.info - samedi 19 octobre 2013

« Par leurs actions violentes et spectaculaires, les terroristes montrent qu’ils détiennent le pouvoir de convertir de simples actes individuels, micropolitiques, en résultats macropolitiques ». (Josepha Laroche, Politique internationale, 2e édition, L.G.D.J, Paris, 2000)

Le monde actuel est marqué par une profonde turbulence d’où émergent de nouveaux acteurs qui prônent une violence de masse sur les populations civiles. Cette violence déterritorialisée et de haute intensité appliquée par les groupes armés est devenue mutante, fluide, et est désormais incarnée par une multitude de figures du jihadisme qui sous la bannière d’une idéologie cherche à imposer leur vision du monde aux Etats et à modifier en profondeur les relations internationales.
Si les attentats du 11 septembre 2001, ont montré l’apparition d’une nouvelle forme de radicalité dans la guerre contre l’Amérique et les Etats démocratiques, libres et indépendants, cette radicalité n’est ni un terrorisme marxiste, ni un mouvement de libération nationale, ni une révolution. Al-Qaeda, au-delà de l’émoi qu’elle soulève ici et là, s’inscrit dans la modernité par sa nature de réseau global. Contrairement aux formes traditionnelles du terrorisme, les attaques du 11 septembre n’ont aucune justification conséquentialiste, bien que cette rupture de sens soit interprétée par certains auteurs (Noam Chomsky, Edward Saïd…) comme une conséquence de la politique menée par Washington aux Moyen-Orient. Une décennie avant le 11 septembre 2001, Bush père promettait à la planète un Nouvel Ordre Mondial, basé sur la justice, l’équité, le respect des droits de l’Homme et enfin un monde plus stable, plus sûr, qui voyait la menace et la terreur s’éloignaient avec l’implosion de l’empire Soviétique. Dans cette perspective, la création des conditions de prospérité et d’épanouissement pour toutes les parties du monde était nécessaire. Mais l’histoire nous a montré autre chose : le capitalisme ou du moins ses effets ont participé largement à créer un monde de misère, de guerre et de chaos. C’est dans ces éléments que résident en grande partie les explications des barbaries auxquelles nous assistons.

La violence spectacle que nous observons, vivons, depuis le 11 septembre marque en outre, une mutation radicale dans les actions ordinaires du terrorisme. Cette rupture de sens trouve aussi ses explications dans la singularité de ce terrorisme. Il unit des acteurs criminels aux origines sociales, culturelles et nationales différentes sur une même conception de l’Islam radical.
Ce réseau qui à l’origine bénéficia d’un appui des conseillers de la CIA (pendant la guerre froide) sort définitivement du cadre de la question nationale et de la géopolitique en devenant global. Il porte en lui une critique de la mondialisation. En sus, ce réseau terroriste est capable de mobiliser les ressources humaines nécessaires, d’investir d’énormes sommes d’argent et beaucoup de temps dans la planification et la conception d’une attaque criminelle, car il le fait dans le but ultime d’atteindre des cibles stratégiques et de déstabiliser l’ordre mondial.
Le 11 septembre a ainsi confirmé nos appréhensions sur la stratégie post guerre froide de voir ces groupes armés adopter une nouvelle stratégie asymétrique et éviter au tant que possible tout choc frontal. Le nouvel ennemi pour reprendre les mots de Donald Rumsfeld « ne combat plus à la loyale ». Il utilise toutes les ruses et les moyens de communication les plus sophistiqués, tels que l’Internet, les médias, les avions, les bombes artisanales, les couteaux, les cutters, etc. pour arriver à ces fins.
Les attaques de ces unités actives ont donc tendance à être davantage meurtrières que ceux des groupuscules laïcs, du fait des systèmes de valeurs radicalement différents, des mécanismes de justification, des concepts moraux et des visions manichéennes du monde qui influencent directement leurs motivations. Ainsi, on utilise la religion sous toutes ses formes pour légitimer une action de terreur, porter atteinte à l’intégrité physique et morale des personnes, s’emparer de leurs biens, pratiquer du kidnapping et mener des trafics en tous genres. Aujourd’hui, le principal souci de l’humanité, c’est la hantise de voir des armes tactiques, chimiques et bactériologiques tombées entre les mains des bandes armées fondamentalistes surtout quand on sait qu’Al-Qaeda aurait projetée il ya quelques années d’acheter du matériel nucléaire à la mafia ukrainienne et russe.
Ecrasés en Afghanistan, leur ancienne base arrière, liquidés en Arabie Saoudite, décimés en Algérie, pourchassés par les drones américains au Pakistan, au Yémen, sur la Corne de l’Afrique ; bref traqués un peu partout à travers le monde, il semble aujourd’hui que l’Afrique soit devenue le maillon faible dans la lutte contre les jihadistes. L’invasion pendant plusieurs mois du territoire malien (avant les interventions militaires françaises et africaines), les difficultés du Nigéria à venir au bout des islamistes de Boko Haram, la dangerosité du Sahel, devenu un sanctuaire de multiples groupes jihadistes d’Al-Qaeda, l’instabilité chronique de la Somalie, malgré les soutiens militaires du Kenya et les récentes attaques menées le 21 septembre 2103, au centre commercial de Westgate à Nairobi par les islamistes d’Al-Shabaab (en guise de représailles contre le soutien du Kenya au gouvernement somalien) confirment toutes les interrogations sur la capacité de l’Afrique à relever le défi sécuritaire. L’Afrique, vaste continent, n’aurait pas d’autres choix que de traiter avec beaucoup de rigueur ces questions pour ne pas être déstabilisée davantage ou sombrer dans la terreur de ces bandes armées privées. 
Depuis plus de deux décennies, elle est confrontée à la terreur islamiste. On se souvient qu’en 1992, le cantonnement des forces américaines en Somalie fut détruit par une attaque causant la mort de 18 rangers. Oussama Ben Laden avait dépêché Mohammed Atef, chef militaire de l’organisation en Somalie afin qu’il y étudie les possibilités d’attaquer les forces armées américaines en mission d’aide humanitaire. Atef se targua peu après d’avoir entraîné les miliciens somaliens qui en octobre de cette année 1993, abattirent deux hélicoptères de l’armée américaine dans l’incident dit du « Black Hawk Down », obligeant l’administration Clinton à retirer ses soldats de Somalie.
En 1995, Al-Qaeda organisa une tentative d’assassinat contre le président égyptien Moubarak, lors d’un déplacement dans la capitale éthiopienne. 
Le 7 août 1998, les ambassades américaines de Dar es Salam et de Nairobi sont détruites, suite à deux attentats attribués aux hommes d’Oussama Ben Laden. Le bilan en pertes humaines fut lourd, plus de 235 morts et 5500 blessés. La liste des crimes et des attentats commis par ce réseau est bien longue.
Dans cette nouvelle configuration, les Etats africains, malgré, leurs ressources limitées doivent renforcer leur vigilance sur ces groupes très mobiles, extrêmement violents et pervers en mettant en place une nouvelle politique de défense, en modernisant leurs forces armées, en augmentant leurs effectifs, leurs capacités militaires, en développant leurs services de renseignement qui doivent être l’un de leurs piliers de sécurité et de défense. La faiblesse de nos services de renseignement qui disposent très peu de moyens représente une sérieuse menace pour nos frontières nationales.
L’attaque du centre commercial de Westgate a démontré la faiblesse des forces de sécurités kényanes qui n’avaient pas d’unités d’élite, formées dans la lutte contre le terrorisme et les prises d’otages. L’anarchie qui règne dans les relations internationales impose donc aux Etats africains de prendre les devants en formant des unités spéciales destinées à la traque et la lutte contre la terreur jihadiste, sachant que l’ennemi peut disposer d’une base géographique, mais il n’a pas d’adresse permanente, il se déplace et il ne dépend plus forcément d’un centre de commandement.
Infine, la répression contre les groupes armés et les réseaux islamistes est nécessaire, indispensable, mais elle ne suffira pas pour les éradiquer. Il faut que les Etats acceptent de prendre leurs responsabilités en luttant davantage contre la pauvreté, la misère, les injustices et la corruption qui gangrène les services de sécurité. A cela s’ajoute le fait que chacun d’entre nous doit faire un effort pour s’ouvrir à l’autre, ainsi on pourra comme le disait le poète, Président Léopold Sédar Senghor (ancien chef de l’Etat du Sénégal), tendre vers une civilisation universelle. Car le problème du fondamentalisme ne réside pas seulement dans l’enseignement du fait religieux, mais également dans la frustration, l’humiliation, la mondialisation et la crise d’identité.

Par Souleymane Sadio Diallo, docteur en science politique.
dialloley@yahoo.fr
Pour www.geopolitico.info  ;

 


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