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Processus de paix et de périls en Casamance

Geopolitico.info - mercredi 28 août 2013

Entre l’obscure affaire de la dizaine de rebelles soudoyés puis exfiltrés de la forêt vers des destinations peu claires et la réunion du Groupe de Réflexion pour la Paix en Casamance élargie à une brochette d’experts américains et éthiopiens, le fameux processus de paix arbore les caractéristiques, à peine voilées, d’une démarche ponctuée d’imprudences et de périls.

Dans l’opaque dossier des rebelles retournés et rétribués, le double but de la manœuvre vise logiquement deux objectifs : dégonfler progressivement le volume des effectifs de la rébellion (comme on vide un bassin jusqu’à l’étiage) et, dans la foulée, embrigader d’ex-maquisards aguerris en vue de créer un maquis anti-maquis. En d’autres termes, combattre le Mfdc au moyen du Mfdc.

Ce volet irrégulier ou souterrain de la guerre est partout l’apanage des services de renseignement qui excellent dans les coups obliques, c’est-à-dire les frappes indirectes dirigées sur l’ennemi. Avec un succès jamais garanti à cent pour cent. L’histoire des guerres françaises d’Indochine et d’Algérie ou de la guerre américaine du Viêt-Nam ayant grandement démontré que les harkis et les supplétifs d’une armée nationale n’assurent jamais la victoire. Car « on se bat avec son âme et son sang » disait le Général De Gaulle. Et non avec le magot et les manœuvres, pourrait-on ajouter.

A travers le second évènement, le processus de paix en Casamance s’accouple avec le processus (très fin) de démantèlement du Sénégal. En effet, le Groupe – tantôt de Recherche, tantôt de Réflexion – pour la Paix en Casamance (GRPC) piloté par Robert Sagna, a tenu un conclave inédit, le samedi 27 juillet à Ziguinchor, au cours duquel des experts éthiopiens et américains ont été invités et auditionnés.

Même si l’ingénieux et le bien avisé Robert Sagna a retenu un thème séduisant et soporifique (endormeur) gravitant autour de la « Décentralisation comme alternative à l’indépendance », l’initiative reste évidemment inquiétante à plus d’un titre. Projeter au cœur de la Casamance, des experts venus de pays cassés (avec ou sans guillemets) comme l’Ethiopie ou d’Etats assemblés ou fédérés à l’instar des USA, pour y vulgariser des expériences de démembrements et de remembrements de nations, c’est psychologiquement la meilleure façon d’apporter un supplément d’eau au moulin de la rébellion locale.

Sous cet angle, on peut dire, sans ambages, que le GRPC – les mauvaises langues traduisent cyniquement le sigle en « Gouvernement Rebelle Provisoire de la Casamance » – pratique davantage la pédagogie du séparatisme que la recherche de la paix. Avec, du reste, un art consommé du travail biaisé ; puisque la courte liste des invités, laisse perplexe : pourquoi n’a-t-on pas invité des experts du Sud-Soudan, nouvel Etat qui est le fruit d’une cassure bien aboutie ?

Au demeurant, les expériences croisées étant didactiquement les meilleures, les initiateurs de l’insolite et troublant conclave de Ziguinchor devaient convier des experts angolais pour plancher sur la recette du gouvernement de Luanda qui contrôle, sans faiblesse ni souplesse, l’enclave de Cabinda soudée territorialement au Congo-Brazzaville. Et sans lien physique avec l’Angola. Il s’agit là d’une hérésie héritée de la colonisation portugaise qui rappelle étrangement la Casamance, elle-même, isolée du reste du Sénégal par l’écran gambien.

Au Cabinda, l’Etat angolais est jugé annexionniste par des Cabindais qui ont créé et animé un Front de Libération de l’Enclave de Cabinda (FLEC), un mouvement armé qui lutte de la même manière que le Mfdc en Casamance. Question : les experts américains conviés par Robert Sagna, ont-ils dit à l’auditoire que les Etats-Unis – dont une des compagnies pétrolières (la Chevron) pompe le pétrole cabindais confisqué par l’Angola – sont de facto les complices de l’annexion musclée du Cabinda par le gouvernement du MPLA ?

Pourtant, Dieu sait qu’il existe en Afrique, des expériences dynamiques et positives qui méritent d’être contées et vulgarisées à Ziguinchor, pour le bien du Sénégal. Car, elles montrent à suffisance que la très sublimée Décentralisation est une excellente modalité. Sans être une panacée. Tenez : le Cameroun est une République successivement unifiée et unitaire sous la férule du Président Ahmadou Ahidjo, artisan tenace de la fusion entre le Cameroun anglophone (ex-capitale Buéa) et le Cameroun francophone. Pourquoi a-t-on escamoté l’expérience du Cameroun à Ziguinchor ?

A côté de l’expérience problématique de l’Ethiopie (les provinces de l’Ogaden, du Tigré et du Wollo sont plus scotchées que soudées à l’Etat central d’Addis-Abeba) on peut citer celle plus impressionnante de la Tanzanie. Ce pays, on a tendance à l’oublier, est la fusion réussie de l’ex-Tanganyika continental et de l’île de Zanzibar. Précisément, c’est la contraction des noms des deux entités qui donne l’appellation : Tanzanie.

L’expérience tanzanienne est d’autant plus indiquée à diffuser en Casamance, qu’elle brasse des communautés différentes (noires et arabes) et des religions distinctes (musulmane et chrétienne) avec des hommes d’Etat emblématiques comme Julius Nyerere et Salim Ahmed Salim. Mieux, l’exemple de la Tanzanie est sans ratés. Comparativement à celui des USA qui ont plus avalé stratégiquement qu’intégré les îles Hawaï. Sans oublier Porto Rico qui balance entre annexion administrative et marginalisation économique par Washington.

Il va sans dire que la planète aligne des pays démembrés et remembrés ; cassés et reconstitués ; voire conglomérés. Dont les odyssées peuvent inspirer les décideurs sénégalais en charge du dossier casamançais. Mais, toute référence en la matière, doit exclure les erreurs et les calculs de nature à donner des ailes aux démons du séparatisme en quête frénétique d’envol, depuis 1982.

Une question taraude l’esprit : comment cette armada de ministres-conseillers et de conseillers spéciaux a pu assister, sans broncher ni sensibiliser le Président de la république, sur une initiative du GRPC qui déconsolide de façon insidieuse l’unité nationale. Manifestement Macky Sall est plus encombré qu’entouré. Et plus entouré que conseillé.


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Publi� le: 28 août 2013
- Dans la rubrique: Géographie militaire et des conflits
- Dans la zone : Sénégal
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