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Les enjeux de la crise en Egypte

Geopolitico.info - mardi 3 septembre 2013

Depuis le coup d’Etat militaire qui a destitué le Président MORSI le 03 juillet 2013, l’Egypte connait une instabilité qui s’aggrave de jour en jour. Le Mercredi 14 Août, la violence s’est envenimée de manière ahurissante à travers le pays. Baptisé "le mercredi noir", en 12 heures de temps seulement, des milliers de blessés et plus de 1000 personnes perdirent la vie, sous les balles et les mitrailleuses de la police et de l’armée égyptiennes, appuyées par des hommes en civil armés que la plupart des intellectuels égyptiens ont nommé, "les délinquants du ministère de l’intérieur". A cela, s’ajoutent des centaines de corps qui sont brulés par l’armée dans un mépris total de la dignité des défunts.
Les images diffusées à travers les médias sont d’une violence jamais égalée. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, jamais la conscience humaine n’a été aussi ébranlée ; Jamais la morale, la dignité et les droits de l’Homme n’ont été aussi bafoués.
Le gouvernement de transition d’Adly Mansour, manipulé par le pouvoir militaire dirigé par le général AL-Sissi, ministre de la défense et premier vice-premier ministre, autorisa à l’armée de tirer à balles réelles sur les manifestants tuant en l’espace de quatre jours plus d’un millier de personnes.
Les qualificatifs de "terroriste", "d’islamiste", galvaudés et chargés négativement sont utilisés à tort et à travers pour légitimer le massacre des frères musulmans ainsi que leurs partisans composés d’intellectuels, de citoyens libres et des membres de la société civile dont le seul tort est d’avoir appelé à manifester pour le retour à la légalité constitutionnelle.
Plus grave encore, devant les scènes d’horreur et de carnage, les média occidentaux, par une campagne de désinformation systématique, par des analyses fallacieuses et partisanes de correspondants ou de soi-disant opposants, tentent de justifier vainement ce qu’il convient de qualifier de crime contre l’humanité.
L’opinion internationale, l’ONU, les Etats Unis et leurs alliés de l’Union Européenne, pour des raisons liées à la sécurité de l’Etat hébreu, pour des intérêts économiques et géostratégiques, refusent de prendre des décisions fortes visant à faire cesser ce massacre.
Ainsi, nous tenons tout d’abord à préciser que les Frères Musulmans en Égypte ou an-Nahda en Tunisie ont une légitimité populaire et démocratique dans leur pays respectif et qu’il importe à tout démocrate de respecter le choix des urnes. On peut être en désaccord avec les positions et les décisions des islamistes au pouvoir mais rien ne peut justifier un coup d’Etat militaire et le massacre de manifestants non violents dont les revendications restent plus que légitimes conformément au respect des principes démocratiques et de liberté d’expression.
Ensuite, ils faut signaler que les égyptiens ont vécu pendant près d’un siècle privés du droit d’élire un homme à qui ils confieraient leur destin, jusqu’à ce que Dieu leur permette, pour la première fois en juin 2012, de choisir eux-mêmes un Président, en la personne de Mohamed Morsi. En l’élisant, tout le peuple, civils et militaires, lui ont prêté allégeance, y compris le général Abd Al-Fatah Sissi (ministre de la défense au sein du gouvernement de Hichem Qindil). Cette élection, par l’espoir qu’elle a suscité a matérialisé le désir de liberté et l’aspiration profonde du peuple égyptien à plus de dignité et de démocratie.
Aussi, le président Morsi, par des décisions audacieuses, s’évertua à bâtir une Egypte prospère et développée. Dans cette entreprise, il va certes commettre des erreurs qu’il a d’ailleurs reconnues, mais comme tout démocrate il a eu à appeler les opposants au dialogue et à la concertation. D’ailleurs, une réalité demeure, quelles que soient ses compétences, il n’existe aucun gouvernement au monde qui ait réussi à relever les enjeux politiques, économiques et socio -démographiques d’un pays après une seule année d’exercice du pouvoir. Il appartenait donc au gouvernement de Morsi et à l’ensemble des partis politiques et de la société civile de se concerter en vue de poser les jalons d’une Egypte prospère et émergente.
Malheureusement, mues par des intérêts individuels, dans la logique d’obsession d’une islamisation rampante de la société, l’opposition et une partie de la société civile égyptienne se sont laissées manipuler d’une part par l’armée qui craint de perdre ses privilèges dans la mesure où elle contrôle les leviers économiques et détient au demeurant plus de 40% du budget du pays. D’autre part, par les Etats occidentaux particulièrement les Etats Unis et leurs alliés européens qui avec le renouveau islamique qui gagne le monde musulman, craignent de voir l’Egypte échapper à leurs contrôle, d’autant plus que depuis lundi les monarchies du golfe se sont engagées à résorber l’aide accordée à l’Egypte en cas de sanction des capitales occidentales. Ce qui fragiliserait et mettrait en péril non seulement la sécurité d’Israël mais également leur ravitaillement en ressources énergétiques.
Dans le même sillage, les émirats du golfe, l’Arabie Saoudite en tête, conscients des incidences de la révolution égyptienne mais surtout, devant leur volonté de rejouer le premier rôle dans un moyen orient où le poids de la Turquie et de l’Iran devient de plus en plus grandissant, se sont sentis menacés et se trouvèrent obligés de soutenir la dictature militaire égyptienne même si le prix à payer est de légitimer le massacre de plus d’un millier de personnes.
Aujourd’hui l’Egypte, terre de civilisation et des grandes réformes que le monde musulman a connues tout au long de son histoire, se retrouve dans une situation de violence et d’effervescence jamais égalée. Les risques d’embrasement et de guerre civile sont plus que réels. Il appartient donc à l’ONU, à la CPI, à l’OCI et à l’UA de se saisir du dossier dans les plus brefs délais afin de situer les responsabilités. De même les acteurs politiques Egyptiens doivent s’inscrire dans une dynamique de concertation et de dialogue en évitant toute idée d’exclusion et de diabolisation.
 
Malick sagna
professeur de HG
lycée E.O.L.BADJI de Ziguinchor/Sénégal
tel : 77 655 15 09
Mail : malicksagna@yahoo.fr


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Publi� le: 3 septembre 2013
- Dans la rubrique: Géopolitique
- Dans la zone : Afrique
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