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Geopolitico.info - mardi 6 décembre 2016

« Le recours à la force dans le maintien de la paix ne doit pas être considéré comme une nouvelle forme de maintien de la paix, mais plutôt normalisé dans un environnement non permissif. »(Nadin, Cammaert & Popovski, 2015, p. 77)

Thomas Mandrup
La nature des opérations de maintien de la paix (OMP) multinationales est en train de changer. Depuis la fin de la guerre froide,le nombre de soldats déployés dans les OMP multinationales a considérablement augmenté, et les missions mandatées par le Conseil de Sécurité de l’Organisation des Nations Unies (CSONU)deviennent de plus en plus robustes et plus complexes.
En 2015, la division OPM du système de l’ONU a représenté la plus grande part du budget combiné des Nations Unies, avec un coût de près de 9 milliards de dollars. En 2016,l’ONU a déployé plus de 100 000 ressources humaines, tant militaires que policières, réparties dans 16 missions. Bien que la majorité du budget soit dépensée dans des OMP en Afrique, l’Union africaine se tourne de plus en plus vers l’ONU pour financer ses propres opérations car les partenaires internationaux tels que l’Union Européenne (UE) réduisent leurs contributions économiques.
En juin 2015,le Haut Panel Indépendant sur les Opérations de Paix (HIPPO) des Nations Unies a publié son rapport. Celui-ci résultait de plusieurs années de travail et de consultations sur les enseignements tirés des opérations de paix de l’ONU depuis la publication du rapport Brahimi en 2000.
Les expériences accumulées depuis le début des années 2000 ont démontré qu’il fallait mettre à jour ce précédent rapport, ainsi que la pensée qui présidait aux opérations de paix de l’ONU, en particulier en ce qui concerne la répartition du travail et des missions entre l’organisation continentale, les Nations Unies et les organisations de l’article VIII telles l’Union africaine (UA). En réalité, les missions et les mandats soumis à l’ONU sont généralement devenus de plus en plus complexes et exigent plus souvent le recours à la force.
Le rapport HIPPO conclut que la communauté internationale est aujourd’hui confrontée à une inquiétante tendance à des conflits plus étendus, caractérisés par un extrémisme violent et par leur hybridité (Panel, 2015). Comme ces conflits sont par nature à la fois localisés et globalisés, la littérature universitaire a fini par les qualifier de conflits « glocaux ». Par exemple, les conflits actuels en Somalie, au Nigéria du Nord et au Mali ont une origine localisée, mais sont liés à une rhétorique et une lutte internationalisées.
Pour résoudre ces conflits,il faut trouver une réponse complète qui transcende les frontières nationales, comme le montrent les réponses régionales apportées par exemple à la menace de Boko Haram et en partie dans la mission de l’UA en Somalie (AMISOM). Parallèlement,les forces d’intervention multinationales font face à des insurrections de nature « glocale » mieux organisées et mieux équipées, qui constituent donc une menace directe et complexe pour les forces de l’ONU et/ou de l’UA.
Le rapport HIPPO conclut également que l’ONU peut gérer certains types de conflits et situations– par exemple le maintien de la paix traditionnel – mais qu’elle n’a pas les réponses les plus adaptées face aux menaces hybrides constatées dans plusieurs conflits contemporains. Le rapport considère que les organisations régionales et continentales sont mieux équipées pour gérer ce type de menaces. Cela soulève une autre question : dans quelle mesure ces « autres » organisations ont-elles la volonté et la capacité d’intervenir là où l’ONU ne le peut pas ?
Jusqu’à aujourd’hui, l’ONU s’est retrouvée déployée dans des conflits avec des moyens insuffisants, tant en termes de mandats que de règles d’engagement et de capacités réelles à remplir sa mission. L’UA a été proclamée partenaire-clé de l’ONU dans les opérations de paix. Ces deux organisation sont commencé à essayer d’intégrer et de coordonner leur coopération à venir et la « répartition du travail ». Cependant, l’UA s’est longtemps montrée frustrée et critique envers les missions de maintien de la paix de l’ONU en Afrique, arguant que les Nations Unies déployaient des forces de maintien de la paix dans des missions « où il n’y a que peu ou aucune paix à maintenir ».
Le rapport HIPPO reconnaît qu’il s’agit d’un véritable casse-tête et appelle à une coopération plus intense entre l’ONU et les organisations du Chapitre VIII (Panel, 2015). Néanmoins, l’UA est toujours bloquée en Somalie, et les Nations Unies ont refusé de s’approprier cette mission car elles la considèrent comme trop dangereuse. L’UA se retrouve ainsi déployée dans une opération anti-insurrectionnelle mandatée par le CSONU, mais avec un budget nettement moins important que, par exemple, celui de la MONUSCO en République démocratique du Congo. Cela a conduit l’Ouganda et le Kenya à annoncer le retrait de leurs troupes en Somalie d’ici l’année prochaine, bien que l’armée nationale somalienne ne soit pas capable d’assurer la sécurité (Kibochi, 2016).
Le cas de l’AMISOM illustre un certain nombre de problèmes liés à la répartition des missions entre l’ONU et l’UA. En effet, selon quels critères et dans quelles situations l’ONU prend-elle la responsabilité d’une opération ? Quel type de soutien l’UA peut-elle attendre au niveau international quand elle décide de s’impliquer dans un scénario de conflit proche d’une guerre comme celui de Somalie ? Qui sera en charge du financement de ces opérations ? L’UA avance que si elle est déployée sur mandat de l’ONU,les Nations Unies doivent lui fournir les ressources nécessaires.
A bien des égards, la « répartition du travail »envisagée entre l’ONU, les organisations régionales et les autres partenaires n’est pas une nouveauté. Elle a été appliquée dans les missions au Darfour, en Somalie, au Mali, en RDC et en République Centrafricaine, où l’ONU,en partenariat avec d’autres acteur set à travers différents rôles, a essayé de résoudre les crises dans lesquelles elle était impliquée.
L’UA et l’ONU ont commencé à réfléchir à la façon de mettre en œuvre les recommandations du rapport HIPPO, notamment à travers l’échange de personnel entre Addis-Abeba et New York. L’Afrique joue déjà un rôle crucial dans les opérations de paix des Nations Unies, en fournissant près de la moitié des Casques bleus déployés (que l’on dénombre à plus de 100 000), mais aussi en tant que partenaire-clé des opérations de paix hybrides UA/ONU et des opérations de paix dirigées par l’UA et mandatées par l’ONU.
Alors que les Etats membres de l’UA ont démontré leur capacité à déployer des troupes dans ces opérations, le continent n’est généralement pas en mesure d’assurer la logistique nécessaire au maintien des opérations, au soutien des missions et à l’appui aérien, ni de fournir les ressources économiques nécessaires au maintien des opérations.
En général, au niveau opérationnel,les Etats membres de l’UA ne possèdent pas les ressources aériennes nécessaires (par exemple : les hélicoptères de transport et de combat) ou les capacités de transport de longue ou moyenne distance, qui sont pourtant nécessaires à la plupart des opérations couvrant de grandes zones géographiques. Leur infrastructure est limitée et ils font souvent face à un ennemi stratégiquement asymétrique.
De plus, de nombreuses forces armées africaines sont mal équipées pour ce type d’opérations puisqu’elles ont été majoritairement formées et équipées pour la guerre conventionnelle,et non pour les opérations anti-insurrectionnelles comme celles de l’AMISOM ou les interventions contre Boko Haram (Kibochi, 2016 ; Barlow, 2015 ; Williams, 2016).L’attaque d’Al-Adde contre les forces kényanes de la mission AMISOM en est un exemple concret : elle a fait 140 victimes, selon les estimations, dans une base opérationnelle avancée vulnérable (Williams, 2016).
L’évolution du paysage sécuritaire
Comme vu précédemment,les armées régulières d’Afrique sont et seront confrontées à des menaces sécuritaires qui se déploient dans un théâtre de plus en plus complexe et les placent devant tout un éventail de nouveaux défis. Face à l’évolution de la guerre et des conflits, d’autres outils sont nécessaires pour relever les défis de ces « nouvelles » guerres mondialisées. Les exemples cités sont souvent ceux des mouvements islamistes, notamment en Somalie, au Nigéria et au Mali, considérés comme faisant partie d’une lutte internationale et donc d’un système de conflit plus large.Ce type d’argumentation possède un certain pouvoir explicatif et nécessite donc une réponse gouvernementale globale, en coordination avec les institutions multinationales.
Toutefois, il faut aussi noter que la nature fondamentale de la guerre et des conflits reste inchangée, même si son interprétation peut sembler différente, tout comme le contexte mondialisé dans lequel les conflits ont lieu. Historiquement, les armées africaines ont souvent été confrontées à des menaces non conventionnelles, des forces interposées à la solde de soutiens externes.Les responsables africains de la Défense doivent donc décider quel rôle leurs forces armées peuvent jouer pour relever les défis présentés par ce type d’ennemi tout en étant capables d’assurer les missions de défense de base.
De plus, les planificateurs militaires africains doivent prendre en considération la Force africaine en attente (FAA) et les contributions nationales. Si l’UA veut devenir un partenaire stratégique crédible pour l’ONU, la FAA doit être entièrement opérationnelle et capable de se déployer dès que nécessaire. L’exercice AMANI II en 2015 et les leçons tirées des missions de maintien de la paix de l’UA ont montré que les forces multinationales africaines doivent notamment se concentrer sur l’interopérabilité, le soutien et l’entretien logistique, ainsi que sur le transport aérien stratégique. La dépendance aux ressources logistiques et économiques d’un partenaire international tel que l’ONU, et l’UE en ce qui concerne la force AMISOM, s’est avérée difficile à gérer et a freiné la capacité opérationnelle des forces déployées.


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Par Webmaster
Publi� le: 6 décembre 2016
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