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La nouvelle stratégie des organisations non gouvernementales pour les droits des travailleurs au Qatar par Nicolas Keraudren

Geopolitico.info - mercredi 30 décembre 2015

La Confédération Syndicale Internationale (CSI) a publié un rapport le 18 décembre 2015 qui risque de bouleverser le « débat » sur les droits des travailleurs, impliqués dans la construction des infrastructures pour le mondial 2022 au Qatar. En s’attaquant aux entreprises étrangères présentes au Qatar, le tissu non gouvernemental change de stratégie. Un tirage gagnant ?

Depuis l’attribution de la coupe du monde de football 2022 au Qatar, nombreux sont les rapports des Organisations Non Gouvernementales (ONG) à dénoncer le système de traitement des travailleurs étrangers au Qatar.
Dernier en date, un rapport publié par la Confédération Syndicale Internationale (CSI) le 18 décembre 2015, jour de fête nationale au Qatar. Dans son rapport, la CSI – engagée pour les droits des travailleurs du monde entier – a bouleversé l’approche traditionnelle du débat sur la loi du travail en s’attaquant non plus au Qatar lui-même… Ni-même à la FIFA. Mais aux entreprises occidentales en charge de la construction des nombreuses infrastructures pour le mondial 2022.
Le rapport recense l’ensemble des entreprises ayant répondu aux différents appels d’offres de la pétromonarchie du Golfe pour la construction ou la rénovation de stades, de quartiers ultra-modernes, mais aussi de réseaux autoroutiers ou encore d’un nouvel aéroport international. Des infrastructures dépassant donc le cadre proprement sportif, axées sur le développement quasi-exclusif de la ville de Doha.
Un investissement estimé à environ 220 milliards de dollars pour le Qatar, soit environ 185 milliards de plus que lors de la Coupe du Monde 2014 au Brésil. Un budget qui devrait aussi largement dépasser les prévisions annoncées par la Fédération de Russie pour l’organisation du mondial 2018.
Au total, 21 pays dont 9 européens sont concernés par la présence d’une de leurs entreprises au Qatar.
En France, le groupe Bouygues Construction a supervisé l’édification du quartier Qatar Petroleum District. Un complexe financier composé de 9 tours dont la valeur est estimée à 1,3 milliard de dollars. Le réseau d’égout de la capitale qatarie, Doha, est également l’une des tâches du groupe français.
Président-directeur général du groupe Bouygues, Martin Bouygues n’est autre que le parrain de Louis Sarkozy, fils de Nicolas, accusé d’avoir « influencé » le vote pour l’attribution du mondial 2022 au Qatar, par Sepp Blatter lui-même.
Autre pays dont les entreprises témoignent de leur présence au Qatar, l’Espagne ! Notamment par l’intermédiaire du groupe Actividades de Construccion y Servicios (ACS) fondé et dirigé par Florentino Pérez… Ce nom vous dit quelque chose ? Quoi de plus normal ! Florentino est également le président de la maison blanche bis, à savoir le Real Madrid, club économiquement phare de la zone euro.
Le groupe ACS supervise lui aussi les travaux liés au réseau d’assainissement de la ville de Doha ainsi que la construction de plusieurs voies expresses au pays du pétrole.
A noter que seule une entreprise chinoise est présente sur le territoire qatari pour construire le nouveau port de la ville de Doha, mastodonte maritime dont l’entrée en activité a été décalée à l’année 2016.
Cette approche « économique » de la CSI est vraisemblablement la meilleure des réactions devant le mépris politique du Qatar, qui ne cesse d’exploiter la misère des travailleurs étrangers sur son territoire. Un changement de stratégie qui pourrait pousser les entreprises occidentales à faire pression sur la famille royale du Qatar en faveur des droits des travailleurs.
En réponse au rapport de la CSI, le gouvernement qatari a publié une déclaration officielle datée du 20 décembre et se défend en attestant avoir « démontré son engagement pour les droits » des travailleurs étrangers « aidant le Qatar à construire les nouvelles infrastructures internationales ».
Pour rappel, on estime aujourd’hui à 1,8 millions, le nombre de travailleurs étrangers travaillant au Qatar, dont environ 90% sont originaires du sous-continent indien (Inde, Népal, Sri Lanka, Bangladesh, Indonésie, Philippines).
Un chiffre sensiblement proche de la population totale du Qatar qui s’élève à 2,4 millions d’habitants selon un dernier recensement annoncé par le ministère du Développement et de la Planification, le 30 novembre 2015.
Le rapport de la CSI révèle par ailleurs que « 1993 travailleurs originaires des seuls Inde et Népal ont jusqu’à présent perdu la vie au Qatar ».
Ces travailleurs étrangers subissent quotidiennement le système de la « kafala » et ne peuvent quitter le territoire qatari, ni-même emprunter de l’argent ou encore obtenir un permis de construire sans l’accord préalable de leur employeur. C’est également cet employeur qui signe le contrat de travail de l’ouvrier étranger avec les entreprises mentionnées dans le rapport.
Pour la première fois, le journal pro-gouvernemental Al-Sharq a annoncé que la loi sur le travail comprenant le système controversé de la « Kafala », ne sera pas réformée avant le mois de décembre 2016.
Nouveau pied de nez pour les droits de l’homme au Qatar, que seules les entreprises étrangères peuvent aujourd’hui contester efficacement.

Nicolas Keraudren
@NKeraudren


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Par Webmaster
Publi� le: 30 décembre 2015
- Dans la rubrique: Economie et finances
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