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COP 21 PARIS : Un accord consensuel et conditionné. Par Ousmane Kaba

Geopolitico.info - jeudi 17 décembre 2015


La Conférence qui a réuni 196 pays des Nations unies sur le Climat, dénommé COP21 à Paris du 29 novembre, a finalement été adopté le samedi 13 Décembre 2015 en fin de journée. C’est par consensus que les 186 représentants des pays membres ont entériné un accord mondial destiné à lutter contre le réchauffement climatique et ses conséquences dévastatrices sur la planète.


Ce n’était pas gagné d’avance, car en débarquant à Paris, quatre groupes distincts composés de pays, lobbys et associations altermondialistes se faisaient face avec la ferme volonté d’imposer leurs points de vue.


Un premier groupe peut être défini comme celui des « pays grands pollueurs » : C’est la Chine, les Etats-Unis, les pays de l’Union Européenne et l’Arabie Saoudite.


Un deuxième groupe que l’on peut qualifier de « pays intermédiaires pollueurs » parmi lesquels on peut citer l’Inde et le Brésil.


Le troisième groupe composé presqu’exclusivement par « les pays pauvres victimes de la pollution des autres » dont l’Afrique compte les plus démunis financièrement et géostratégiquement.


Et enfin un quatrième groupe occupé par les lobbys actifs et associations altermondialistes qui depuis le Sommet de Rio en 1992 se sont manifestés de façon spectaculaire au travers des sommets Rio (1992), Kyoto (1997) et Copenhague (2009).


Etat des lieux et positionnements géostratégiques


L’étape de Paris s’est située à une phase charnière dans le cycle des négociations sur le climat, car elle devait déboucher sur un accord universel « historique » sans précédent. C’était la volonté affichée des organisateurs de la COP 21. Ainsi, les représentants des 196 Etats membres des Nations Unies sollicités ont voulu s’accorder sur un texte contraignant et applicable à tous les pays sur la limitation du réchauffement global en deçà de 2° Celsius d’ici 2030.


L’Accord de Paris devait remplacer le protocole de Kyoto qui a précédé la Conférence de Copenhague en 2009 qui fut un fiasco. Or, en vertu de l’accord de Kyoto, les pays industrialisés (pollueurs) étaient censés réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, d’au moins 20% par rapport au niveau de 1990, mais cela n’a pas eu lieu.


L’Union Européenne n’a pas su accorder ses pays industrialisés en tant que troisième émetteur mondial de gaz à effet de serre. Les pays de l’Union ne prévoyaient que des réductions d’au moins 40 % d’ici 2030 avec une augmentation de la part des énergies renouvelables à 27 % de chaque Etat-membre.


S’agissant des Etats-Unis, le plan climat préconisait, avec insistance du président Obama, des réductions d’émissions de 32 % d’ici à 2030. Bien qu’insuffisant cela démontre la volonté des Etats Unis de maintenir le réchauffement sous la barre des 2° Celsius, comme réclamés par les pays pauvres victimes malgré eux des érosions des sols, des inondations et de la sécheresse dévastatrices.


Le nœud gordien du sommet de la COP 21 à Paris se situait dans la ligne de démarcation ténue à trouver entre pays gros pollueurs et émergents dans le cycle du développement ainsi que les altermondialistes qui ont pour doctrine d’imposer hic et nunc (ici et maintenant) les énergies renouvelables à tous pour sauver la planète.


En ce qui concerne les pays émergents « pollueurs » (Chine, Brésil, Inde, Arabie Saoudite), ils étaient disposés (en arrivant à Paris) à faire un geste conciliateur et accepter à partager l’objectif visé de 2° Celsius de réchauffement. D’un autre côté, ces-mêmes pays réclament leur droit au développement.


Le défi auquel ils sont confrontés, dans une phase de croissance économique, est de concilier les objectifs de réduction d’émissions contraignants avec les besoins énormes de développement de leurs populations. D’où l’équation inextricable de l’exploitation du Charbon, du pétrole et de la déforestation à outrance au nom du bien être général d’une population pléthorique qui constitue la moitié de l’humanité.


Et L’Afrique dans tout ça ?


L’Afrique est venue à Paris avec un grand dilemme qui lui pendait au cou. On notait un contraste entre le poids réel du continent (54 pays), donc du poids de leur vote (un pays, une voix) et sa capacité à peser sur le cours des négociations internationales sur le développement durable. Pendant longtemps, les pays africains ont éprouvé des difficultés à définir des positions de négociation communes (RIO, Kyoto, Copenhague).


Cependant, on a assisté à une première pour les africains à Paris qui semblaient mieux préparés et déterminés à parler d’une voix audible. On a constaté du côté de l’Union Africaine, avec en première ligne, l’Afrique du Sud et le Sénégal qui ont manifesté l’émergence d’un nouveau leadership politique africain pour ce qui concerne les négociations sur le climat depuis le Protocole de Tokyo qui a précédé la Conférence de Copenhague (2009).


Un signe que l’Afrique prend conscience de son poids. Une position commune s’était articulée autour de l’adoption, à Paris, d’un accord et d’un objectif de réduction d’émissions, juridiquement plus ambitieux et contraignant, qui préconise de maintenir le réchauffement global du climat en dessous de 1,50° Celsius.


La détermination des leaders africains dans leurs discours, lors de l’ouverture des travaux de la COP 21 a été une stratégie payante puisque en s’alliant à d’autres pays « en développement » les pays pauvres avaient constitué un « Groupe de 77 + la Chine » plus musclé et audible par les pays pollueurs.


En plus de la démonstration de force des altermondialistes la balance a penché du côté des pays non pollueurs plus faibles, c’est-à-dire les parias du réchauffement climatique.


Une adoption satisfaisante pour la majorité


En adoptant l’Accord de Paris après 12 nuits et 12 jours de rudes négociations, les applaudissements nourris qui s’en sont suivis dans la salle démontrent la satisfaction des milliers d’observateurs présents et le soulagement des organisateurs (L’ONU et la France).


Du côté africain, on peut se contenter de l’avis de la représentante de l’Afrique du Sud qui considère l’accord comme « un grand pas en avant pour les pays en développement ». Pour la voix autorisée du continent africain, il s’agit d’un accord équilibré, « le meilleur que l’on pouvait obtenir dans ce moment historique ».


Dans leurs présentations des vœux, quelques pays d’Afrique subsaharienne pour lutter contre le réchauffement climatique, ont décidé de remettre en état, d’ici 2030, près de 100 millions d’hectares de forêts et de terres agricoles devenues improductives.


En effet, la planète aurait perdu, en un quart de siècle, près de 129 millions d’hectares. Et Selon World Resources Institute, la déforestation des forêts tropicales a contribué à l’augmentation de 15% des émissions de gaz à effet de serre, responsable du réchauffement climatique.


Financements contre travaux d’intérêt public


Au-delà du climat, la reforestation est une stratégie de développement social et économique. Cela peut se traduire pour la revitalisation des côtes pour les pays africains qui comme le Sénégal ont des kilomètres de côtes à protéger.


La Banque mondiale et d’autres partenaires bailleurs de fonds ont promis de consacrer plus d’un milliard de dollars en fonds de développement pour lutter contre le dérèglement climatique en Afrique. Reste que certaines organisations environnementales redoutent de simples effets d’annonce. D’autres observateurs craignent que certains pays africains prennent des engagements dans l’espoir qu’ils recevront du financement.


La COP 21 a reconnu que « les changements climatiques représentent une menace immédiate et potentiellement irréversible pour les sociétés humaines et la planète et qu’ils nécessitent donc la coopération la plus large possible de tous les pays ainsi que leur participation dans le cadre d’une riposte internationale efficace et appropriée, en vue d’accélérer la réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre ».


Le texte adopté reconnaît aussi qu’ il est urgent d’accroître l’appui fourni par les pays développés sous la forme de ressources financières, de technologies et d’un renforcement des capacités, de manière prévisible, afin de permettre une action renforcée avant 2020 par les pays en développement.


Pour atteindre les différents objectifs, l’Accord de Paris fixe « un nouvel objectif chiffré collectif à partir d’un niveau planché de 100 milliards de dollars par an, en tenant compte des besoins et des priorités des pays en développement.


Une manne financière réclamée et exigée par les pays africains par la bouche du président sénégalais Macky Sall dans sa plaidoirie.


Après l’adoption du texte consensuel, la conférence (COP 21) prie le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies d’être le Dépositaire de l’Accord et de l’ouvrir à la signature des Etats à New York du 22 avril 2016 au 21 avril 2017.


Pourvu que les pays riches pollueurs remplissent leur contrat en déboursant les promesses financières pour les dégâts causés par leur pollution de l’atmosphère depuis la révolution industrielle du 19eme siècle à nos jours.


 


Ousmane KABA


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Publi� le: 17 décembre 2015
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