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Géopolitique de la Casamance. Le scénario d’un futur choisi

Geopolitico.info - mercredi 19 mars 2014

1ère Partie

Le conflit

Séparée d’une grande partie du reste du territoire du sénégalais par la république de la Gambie, la Casamance occupe la partie méridionale du Sénégal et couvre trois régions administratives : Ziguinchor, Kolda et Sédhiou. Sa situation géographique lui vaut d’être la zone la plus verdoyante du Sénégal, avec le climat le plus humide du pays, la végétation la plus forestière et le réseau hydrographique le plus dense de tout le pays.

Dès 1960, année de l’indépendance du Sénégal, une partie de la population de la Casamance souhaite une autonomie politique pour leur région, au nom de son identité spécifique. Ainsi, la Casamance, au cours des siècles passés, a rejeté aussi bien l’esclavage arabe qu’européen. Elle s’est aussi farouchement opposée aux ambitions de l’administration coloniale. En outre, la Gambie, enclave sous forme de doigt de gan à l’intérieur du territoire sénégalais, alimente le sentiment de marginalité géographique et de laissé-pour-compte par le pouvoir central. De plus, les Diolas qui habitent la Casamance n’apprécient pas d’y voir arriver des Wolofs souhaitant pouvoir venir y cultiver de l’arachide mais également des Haal Pular désignés sous le vocable des « les Gens venus du Nord » et qui sont perçus comme des « envahisseurs ».
Dans ce contexte, le 26 décembre 1982, des manifestants séparatistes, avec à leur tête l’abbé Augustin Diamancoune Senghor, armés de coupe-coupe et autres armes blanches, pénètrent à Ziguinchor, la capitale régionale de la Casamance, pour proclamer l’indépendance à travers des actes hautement symboliques comme le hissage du drapeau de la « Casamance libre », de l’entonnement d’un hymne national et de l’occupation de la gouvernance, siège de l’autorité et du pouvoir.
Les forces de l’ordre arrêtent le principal dirigeant avec plusieurs de ses compagnons. Le Sénégal découvre alors l’existence de cet homme d’église qui prend la tête d’un mouvement séparatiste dénommé MFDC (Mouvement des forces démocratiques de Casamance). En 1987, l’abbé est libéré de prison. Trois ans plus tard, en 1990, d’importants affrontements, causant environ 150 morts, opposent l’armée sénégalaise et les séparatistes. Puis, le 31 mai 1991, un premier cessez-le-feu est signé entre le gouvernement sénégalais et les rebelles tandis que l’abbé Augustin Diamacoune Senghor, emprisonné une seconde fois en 1990, est libéré. Cependant, cet accord n’empêche pas les troubles de reprendre en 1993, causant environ mille morts. Le 8 juillet 1993, un deuxième cessez-le-feu intervient. Deux ans plus tard, l’année 1995 marque la disparition de quatre touristes français dans la région : les rebelles et les forces gouvernementales s’en rejettent la responsabilité.

Deux pays voisins acteurs du conflit : la Gambie et la Guinée Bissau

La présence de la Gambie impose une barrière entre la Casamance et le reste du territoire sénégalais. Pour pallier à cette discontinuité territoriale aux conséquences géostratégiques et économiques importants, le Sénégal, profitant de la tentative de coup d’État raté en 1981 de Kukoï Samba Sagna contre le Président Daouda Diawara, crée une confédération, dénommée la Sénégambie. Cette confédération a pour objectif de resserrer les liens entre les deux pays, de promouvoir la coopération dans les domaines des affaires étrangères et de la communication interne. Pour le Sénégal, l’objectif est aussi de l’ordre de la géopolitique interne : il s’agit aussi de désenclaver la Casamance, dont plus de la moitié de la superficie se trouve isolée du reste du Sénégal par la Gambie. Mais, d’une part, les intérêts trop divergents entre le Sénégal et la Gambie et, d’autre part, l’éclatement de la crise avec la Mauritanie sonnent le glas de la Sénégambie qui est dissoute le 30 septembre 1989.

L’Etat du Sénégal reproche aux autorités gambiennes de faire de leur territoire une base arrière du MFDC. Pour les responsables sénégalais ces griefs sont la preuve d’un complot orchestré par la Gambie et la Mauritanie pour déstabiliser le Sénégal à partir de sa région Sud.

Un autre pays limitrophe, la Guinée Bissau pays politiquement instable, joue un rôle majeur dans la géopolitique de la Casamance. Le Sénégal déplore des soutiens « réels ou supposés » dont bénéficieraient les rebelles du MFDC au sein du gouvernement et de l’armée de la Guinée Bissau. Le comportement de cette dernière semble être justifié par la découverte d’un gisement de pétrole offshore dans la zone maritime au large de la Casamance. En effet cette manne énergétique et financière pousse ce pays voisin du sud à contester le tracé de la frontière maritime.

Une accalmie précaire

De 1996 à 2009, des pourparlers de paix se déroulent périodiquement entre le MFDC et une commission nationale. Après différents nouveaux combats, un nouvel arrêt est décidé le 26 décembre 1999. Puis la maladie du dirigeant charismatique du MFDC crée des luttes de pouvoir au sein du mouvement. Elles aboutissent, en 2003, au meurtre de l’un de ses fidèles lieutenants, Sidy Badji. Toutefois, un accord de paix est signé le 20 décembre 2004. À la fin de l’année 2006, l’abbé Diamacoune Senghor, rongé par la maladie, est évacué à Paris par les autorités sénégalaises afin d’y subir des soins, et il meurt en janvier 2007 à Paris, à l’hôpital militaire du Val de Grâce.

Depuis, la situation géopolitique de cette partie méridionale du Sénégal semble apaisée. Cependant, les anciennes zones d’affrontement sont semées de mines antipersonnel et le conflit a poussé une partie des populations à migrer vers l’intérieur du pays ou dans les pays voisins jadis où des rebelles se réfugiaient lorsqu’ils se retrouvaient en situation de faiblesse en temps de combats avec les militaires. Le conflit casamançais a donc eu des répercussions externes, car il a également touché des pays voisins comme la Guinée-Bissau et la Gambie. En outre, en France, en Espagne et même aux États-Unis, certains immigrés en provenance de la Casamance ont demandé et obtenu le statut de réfugiés politiques.
Depuis 2004, la Casamance cherche à se reconstruire, même si la paix y reste encore fragile. Le gouvernement du Sénégal, les intellectuels locaux, les ONG et dignitaires religieux œuvrent pour la consolidation de la paix. Toutefois, depuis 2010, des combats périodiques opposent les militaires sénégalais à quelques factions rebelles. Ces affrontements ont fait des dizaines de morts parmi les militaires et du côté des rebelles.

Seydou KANTE

seydoo@hotmaiil.com


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Publi� le: 19 mars 2014
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