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De la guerre préventive à la guerre punitive

Geopolitico.info - jeudi 12 septembre 2013

Depuis deux ans, les dirigeants syriens livrent une guerre impitoyable contre ceux qu’ils considèrent comme des rebelles et terroristes, parmi lesquels figureraient des éléments d’Al-Qaeda. Cette rébellion d’une partie de la population s’inscrit dans un contexte particulier marqué par une crise économique qui plombe l’économie mondiale dans la morosité, mais surtout par le « Printemps arabe », qui a vu la Tunisie, la Jordanie, le Maroc, la Libye, le Yémen, le Bahreïn, et l’Egypte basculés dans des révolutions plus ou moins violentes.
Si dans ces derniers pays, les « révolutionnaires » qui réclamaient la démocratie et la justice sociale ont pu obtenir des changements dans l’évolution de leur système politique et/ou se défaire des régimes despotiques en place, tel n’est pas encore le cas en Syrie, où le pouvoir en place bénéficie des appuis incontestables de l’Iran, du Hezbollah libanais et de la Russie, lesquels sont des acteurs majeurs dans cette partie du monde, qui représente par ailleurs une véritable poudrière pour l’humanité.
Jusqu’à quand Bachar al Assad, qui a refusé de faire des concessions en matière de liberté et de démocratie continuera t-il à faire face à la rébellion et à l’ensemble des pays qui réclament pêle-mêle son départ ? Il est évident que le soutien et la protection dont il bénéficie de la part de la Russie sont déterminants dans le maintien de son régime au pouvoir. Cependant, après l’utilisation des armes chimiques contre une partie de la population le 21 août dernier, la donne change, dans la mesure où les textes internationaux interdisent l’utilisation d’armes chimiques dans les conflits armés, à fortiori contre sa propre population.
Même s’il y a un parfum de guerre froide sur la question syrienne, il n y aura pas de guerre froide à proprement parlé, parce que la Russie de Vladimir Poutine, bien qu’elle est entrain de renaître de ses cendres n’a pas les moyens économiques, diplomatiques et militaires pour se livrer à une guerre froide contre l’Amérique. Les Etats-Unis, malgré la crise qu’ils traversent, restent de loin l’Etat le plus puissant du monde. L’armée américaine dispose de très fortes capacités de projection. L’écart sur le plan militaire entre l’Amérique et le reste du monde s’est creusé d’une manière très significative du point de vue quantitatif et qualitatif. Son budget annuel de défense représente près de 45 % des dépenses militaires de la planète, soit plus de 430 milliards de dollars. Et on estime que les 50% du budget fédéral sont destinés à la défense nationale.
Dans l’histoire des relations internationales, on voit bien que ce n’est pas la première fois qu’un Etat ou des groupes d’Etats agissent contre un autre Etat sans l’aval de l’Onu. Par exemple en juin 1981, l’armée israélienne craignant un choix irrationnel de Saddam Hussein, bombarda brusquement le réacteur nucléaire d’Osirak, au nom de la guerre préemptive. La guerre préemptive est reconnue par le droit international dans la mesure où elle implique une menace réelle et immédiate. Alors que la guerre préventive, qui obéit à la logique hobbesienne de l’état de nature et jugée illégale peut être déclenchée sans preuves réelles de menace. Elle est lancée par un Etat dans le but de protéger ses intérêts ou d’instaurer un nouvel ordre comme ce fut le cas en Irak en 2003, où le dictateur Saddam Hussein fut accusé à tort - dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001 - d’être un allié d’Al-Qaeda, et de détenir des armes de destruction massive qui peuvent porter atteinte à la sécurité de l’Amérique et du monde. Ces deux concepts renvoient tous à cette idée réaliste énoncée depuis quelques années par Jack Levy à savoir « [il vaut mieux agir] maintenant que plus tard, car plus tard, c’est trop tard ».
L’interventionnisme humanitaire souvent défendu par les Etats-Unis et la Grande Bretagne, loin de raviver une nouvelle guerre froide ou de favoriser un « choc des civilisations » comme le pense Samuel Huntington a également pour objectif de mener une guerre pour le triomphe non pas forcement de la Justice mais de leur idée de la justice. La guerre du Kosovo nous rappelle bien que ce n’est pas toujours les principes qui motivent les Etats dans leurs politiques extérieures.
L’Amérique et ses alliés sont intervenus au Kosovo sans mandat de l’ONU au nom des principes humanitaires, alors que lorsque Saddam Hussein utilisa l’arme chimique contre les iraniens et contre sa population, ils restèrent sourds. Cependant, la guerre des Balkans a suscité un sérieux débat sur la notion de guerre juste. Fallait il au nom de l’humanitaire, violer l’intégrité d’un territoire pour arrêter les tueries massives, les viols et l’afflux massif de populations démunies, persécutées ?
A l’évidence la guerre du Kosovo a marqué un tournant, une nouvelle page de dans ce nouveau monde de l’après guerre froide.
Pour le Président William Clinton, il était fondamental que les Etats-Unis interviennent dans les Balkans, un pré carré russe, pour éviter que les crimes ethniques qui firent des centaines de milliers de morts perdurent.
C’est dans ce contexte de grave crise humanitaire qu’il expliqua aux citoyens américains qu’en intervenant en Yougoslavie, il contribue inéluctablement à défendre les intérêts de l’Amérique, les Principes universels des Droits de l’Homme qui garantissent des droits à l’Individu contre les Etats oppressifs et réactionnaires, et fait « avancer la cause de la paix » dans un monde en pleine mutation. Bref, c’était une façon de défendre le « Bien » contre le « Mal ». C’est la raison pour laquelle, l’interventionnisme militaro-humanitaire a été « érigé en principe fondamental de l’intérêt national américain » 
Si Barack Obama pouvait être qualifié de jacksonien durant son premier mandat, il a eu un reflexe wilsonien après l’attaque chimique du 21 août en voulant protéger les droits humains.
Reste à savoir si les propositions russes de mettre sous contrôle les armes chimiques de Damas suffiront à calmer le jeu. Et si les élus américains, plus particulièrement les Congressmens déjà acculés par une opinion publique hostile à une nouvelle intervention militaire extérieure finiront par lui accorder leurs soutiens dans ce qu’il appelle une guerre punitive, laquelle vise officiellement à rappeler à Bachar al Assad qu’il n’est pas permis d’utiliser l’arme chimique contre les populations civiles. 

Par Souleymane Sadio Diallo, docteur en science politique.
dialloley@yahoo.fr
Pour www.geopolitico.info 


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