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Cuba-Etats-Unis, le grand dégel

Geopolitico.info - mercredi 17 décembre 2014

RÉCITLa Havane et Washington vont rétablir leurs relations diplomatiques, rompues depuis 1961.

Il aura fallu dix-huit mois de négociations, l’entremise du Canada et l’intervention du pape François pour obtenir cet accord historique. Pour la première fois depuis plus d’un demi-siècle, les Etats-Unis et Cuba vont rétablir des relations diplomatiques complètes et rouvrir des ambassades respectives à La Havane et Washington. Les sanctions économiques imposées au régime communiste depuis 1962 vont par ailleurs être fortement allégées par l’administration Obama.
Pour parvenir à cet accord, des délégations des deux pays se sont rencontrées à de nombreuses reprises, dans le plus grand secret, entre juin 2013 et novembre 2014. La plupart des entrevues ont eu lieu au Canada, mais le Vatican a également joué un rôle important. Le pape François, premier souverain pontife originaire d’Amérique latine, s’est ainsi personnellement impliqué auprès des deux pays.

Espions. Après ces négociations confidentielles, les derniers détails ont été réglés mardi après-midi, lors d’un coup de téléphone entre Barack Obama et Raúl Castro, le premier depuis cinquante ans entre présidents américain et cubain. Pendant près d’une heure, les deux chefs d’Etat ont passé en revue les différents aspects de cet accord, qui marque un tournant historique dans les relations entre les deux pays, distants seulement de 150 kilomètres.

Réclamée par Washington depuis des années, la libération de l’Américain Alan Gross a été au cœur des discussions. Recruté comme sous-traitant pour un projet de l’USAID, l’Agence fédérale américaine pour le développement international, ce consultant aujourd’hui âgé de 65 ans avait été arrêté à Cuba puis accusé d’espionnage. Jugé en 2011, il avait été condamné à quinze ans de prison pour avoir « commis des actes contre l’indépendance et l’intégrité territoriale de Cuba ».

Mercredi, Alan Gross a finalement été libéré par La Havane pour « raisons humanitaires ». Par ailleurs, un agent du renseignement américain emprisonné à Cuba depuis près de vingt ans a également été libéré. En échange, Washington a accepté de relâcher trois espions cubains détenus aux Etats-Unis depuis 1998 et condamnés en 2001. Outre cet échange, La Havane a validé la libération de 53 ressortissants cubains, considérés comme des prisonniers politiques par le gouvernement américain.

Sur le plan diplomatique, le président Obama a demandé à son secrétaire d’Etat d’entamer immédiatement des discussions avec Cuba pour rétablir les relations entre les deux pays, rompues depuis 1961. John Kerry doit également conduire le processus visant à retirer Cuba de la liste des Etats soutenant le terrorisme, sur laquelle l’île caribéenne figure depuis 1982. Des visites de haut niveau entre les gouvernements des deux pays devraient avoir lieu dans les prochains mois.

Optimisme. Enfin, l’autre dimension majeure de cet accord concerne l’allégement des restrictions sur les voyages, le commerce et les transferts d’argent. Déjà autorisés depuis plusieurs années à se rendre à Cuba sous certaines conditions, les Américains rentrant dans douze catégories (visites familiales, journalistiques, à titre religieux ou éducatif, par exemple) vont bénéficier d’une plus grande latitude. Les touristes américains, en revanche, restent interdits de séjour à Cuba.

« En normalisant les relations avec Cuba, nous tournerons la page d’une vision dépassée », a déclaré Barack Obama, estimant que la politique « rigide » menée par les Etats-Unis n’avait pas eu l’impact escompté. « L’isolement de Cuba n’a pas marché, il est temps pour une nouvelle approche », a-t-il ajouté. La Maison Blanche s’est toutefois empressée de souligner que ce virage politique n’allait pas diminuer l’attention portée par les Etats-Unis au sujet des droits de l’homme. « Nous aurons désormais des discussions directes avec le gouvernement cubain sur cette question », souligne un haut responsable américain, qui dit croire que cette nouvelle politique sera « plus efficace ».

Cet optimisme n’est pas partagé dans les rangs des élus républicains. Cette approche « ne va absolument rien faire pour améliorer la question des droits de l’homme et la démocratie à Cuba », a réagi Marco Rubio, sénateur de Floride d’origine cubaine. « Cela pourrait en revanche fournir au régime Castro le coup de pouce économique dont il a besoin pour rester au pouvoir pendant des générations », a-t-il ajouté. Une déclaration qui augure mal d’une possible coopération entre la Maison Blanche et le Congrès, tenu par les républicains, qui dispose seul du pouvoir de lever complètement l’embargo américain contre Cuba, en vigueur depuis 1962.

Par Frédéric Autran Intérim à New York pour Libération


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Par Webmaster
Publi� le: 17 décembre 2014
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